Parmi les histoires les plus folles du monde des casinos, celle de Richard Marcus ne manquera pas de vous impressionner. Cet homme est le seul à avoir réussi à tricher sans se faire repérer pendant 25 ans. Aujourd’hui consultant des plus grands casinos, il anime des cours sur les techniques de triche. Voici son histoire absolument incroyable.
Qui est Richard Marcus ? L’enfance du plus grand tricheur au monde
L’enfance de Richard Marcus était normale, plus ou moins — mais un évènement marquant a poussé celui-ci sur le chemin qui mènera à la triche professionnelle.
La réalité du jeu
Richard est rapidement confronté à la dure réalité des jeux de hasard. Lorsqu’il était petit, il possédait une collection exceptionnelle de cartes de baseball, qu’il finira par perdre face à d’autres enfants du quartier.
Les enfants du quartier jouaient à un jeu de type poker, qui associait les équipes et les couleurs des cartes de baseball. Richard remarque rapidement qu’il ne gagne jamais face à deux garçons plus âgés et commence à repérer leurs techniques de triche.
Déçu et voulant prendre sa revanche, Richard commence alors à réfléchir à des techniques d’arnaque à son tour. C’est le début d’une vie d’escroc.
Poker et petites arnaques
Tout au long de son adolescence, Richard réalise de petites arnaques et apprend des techniques de triche pour gagner un peu d’argent. Il apprend même à tricher au poker et devient très bon à arnaquer ses amis.
L’une de ses premières arnaques consistait à parier sur les voitures. Les ados du quartier organisaient des cagnottes, où chacun misait 5, 10 ou 20 $ en pariant sur la prochaine voiture qui passerait : Chevrolet, Mercedes, Ford… Marcus avait un ami plus âgé, titulaire du permis et propriétaire d’une Mercedes. Il suffisait de repérer les moments de la journée où les paris sur Mercedes étaient les moins nombreux, puis de demander à son ami de passer à ce moment-là. Ainsi, Richard et son ami partageaient les gains, qui pouvaient être très importants.
Avec un talent naturel pour la triche, Richard a montré dès son jeune âge une intelligence remarquable, qui l’aura aidé tout au long de sa vie, que ce soit pour ses arnaques au poker, l’escroquerie à la voiture, ou l’une des techniques qu’il apprendra plus tard à Las Vegas.
L’amour des paris hippiques
À 17 ans, Marcus décide de se lancer dans les paris hippiques. Avec quelques centaines de dollars dans sa poche, il se rend à l’hippodrome de Roosevelt.
Ce jour-là, pas de triche : Richard choisit des numéros au hasard et place des mises variées. À la fin de la course, il a parié sur trois chevaux gagnants, pour un total de 21 000 $ de gains. Cependant, à 17 ans, il est impossible de réclamer une telle somme lorsqu’on n’est pas censé placer de mises avant 18 ans. C’est alors que Richard fait ce qu’il sait faire : baratiner. Il demande de l’aide en échange d’un pourcentage des gains. Un agent de sécurité retire les gains au nom de Richard Marcus, en échange de 10 % de la somme gagnée. Une affaire plutôt rentable pour les deux hommes.
L’épopée Las Vegas
Une fois adulte, Richard Marcus pense avoir tout compris et il n’a qu’une seule envie : aller parier dans les meilleurs casinos de Las Vegas. À 17 ans, après avoir gagné plus de 20 000 $ aux courses, il se rend à Las Vegas. Grâce à ses connexions avec la mafia depuis son enfance (ayant grandi avec des enfants issus de grandes familles liées à la mafia), il se retrouve avec une suite d’hôtel impressionnante et gratuite. En une semaine, Marcus transforme 20 000 € en 100 000 $ et n’a aucune intention de s’arrêter.
La douche froide
Pour fêter ses 18 ans, il mise 100 000 $ — c’est-à-dire tout son argent — au casino. Richard Marcus perd tout ce jour-là et vend sa voiture pour 1 500 $ afin de tenter de se rattraper. Après avoir perdu les 1 500 $ supplémentaires, on lui demande de quitter l’hôtel, et il finit à la rue.
Sous une chaleur étouffante de plus de 46 °C, Richard ne sait pas quoi faire ensuite. Il n’avait sur lui qu’une valise qu’il ne voulait pas porter par une telle chaleur, alors il la laisse derrière lui, ne prenant que son portefeuille et sa brosse à dents. Par la suite, Richard Marcus dort dans la rue pendant près de trois semaines.
La rencontre
Après trois semaines épouvantables dans la rue, Richard Marcus décide de changer les choses. Il vole des vêtements pour faire bonne impression et postule pour un poste de croupier au casino. Grâce à ses connaissances des jeux, notamment le baccarat, il impressionne le casino et se fait embaucher rapidement au Four Queens, espérant gagner suffisamment pour rentrer chez lui, la queue entre les jambes.
C’est à cette époque qu’il rencontre Joe Classon, qui se proclame tricheur professionnel et dit vouloir recruter Richard. Il commence à lui enseigner les « faux mélanges » : cette technique de mélange de cartes permet de protéger une partie des cartes en haut du jeu. Ainsi, l’ordre dans lequel les cartes seront tirées devient avantageux. Cette technique est particulièrement utile pour le baccarat, un jeu susceptible à ce genre d’arnaque.
Avec cette méthode, Richard aide Joe à gagner 30 000 $, et rejoint ainsi son équipe. Pendant près de 13 ans, il travaille sous la tutelle de Joe Classon, et une fois celui-ci retraité, Richard prend sa place à la tête de l’équipe.
Le grand braquage
Pendant près de 13 ans, Richard, Joe et leur équipe utilisent des techniques de triche apparemment infaillibles. Leur méthode phare est le « pastposting », qui consiste à placer des mises après l’annonce du chiffre gagnant et à truquer les probabilités à la roulette.
Cette technique paraît simple, mais sans une équipe bien coordonnée, elle devient très compliquée. Pour l’équipe de Joe, elle fonctionne à tous les coups. Voici comment :
Un premier joueur place une petite mise, par exemple un jeton bleu d’une valeur de 10 $. S’il perd, le croupier récupère la mise. S’il gagne, il ajoute rapidement cinq jetons noirs d’une valeur de 500 $, en les cachant sous le jeton bleu. Ensuite, il laisse sa place à un autre membre de l’équipe, qui dispose d’un bon nombre de jetons de valeur, limitant ainsi les soupçons et convaincant le croupier qu’il s’agit d’un joueur fortuné.
Lorsque vient le moment de récupérer ses gains, le joueur affirme au croupier qu’il ne lui a pas donné le bon nombre de jetons, en montrant sa mise truquée. Il peut même toucher la main du croupier (ce qui est interdit) pour le déstabiliser. Pensant avoir fait une erreur, le croupier finit par lui donner les jetons demandés.
En tant que membre de l’équipe de Joe, sa vie prend forme : il apprend des techniques d’arnaque comme le PastPosting et gagne énormément d’argent. Il se sent enfin à sa place, comme si son affinité pour l’arnaque lui servait à quelque chose. Avec ses coéquipiers, Richard amasse plus de cinq millions de dollars en dix ans. Lorsque Joe Classon prend sa retraite, Richard n’a pas envie de s’arrêter.
L’apothéose d’un art
Pendant les 12 années où Richard travaille en équipe, il apprend différentes techniques. Lorsqu’il prend la tête de l’équipe après la retraite de Joe, il leur fait franchir un nouveau cap et atteint l’apothéose de l’art de la triche.
Le Savannah
C’est durant cette période que Richard crée la technique Savannah. Cette méthode, qui lui est attribuée, lui permet d’arnaquer des centaines de casinos sans se faire repérer.
Similaire à la technique du Pastposting, la technique Savannah consiste à cacher des jetons noirs sous un jeton de faible valeur. Si l’on gagne, on laisse la mise telle quelle. Si l’on perd, il faut échanger le jeton caché contre un jeton de faible valeur. Pour que cette technique fonctionne, le jeton du dessus doit être légèrement décalé afin de masquer la couleur du jeton du dessous.
Richard a testé cette méthode plusieurs fois et a rencontré un succès immédiat : il savait alors qu’il venait d’inventer l’une des meilleures techniques de triche de tous les temps. Pas besoin de coéquipiers, cette technique est ultra-simple. Et si, par malchance, un croupier remarquait quelque chose, il suffisait de faire semblant d’être ivre et de quitter la table.
Balade autour du monde
En 1999, Richard manque de peu de se faire arrêter lorsqu’il gagne plus de 10 000 $ au Golden Nugget Casino avec la technique Savannah, et que le gérant menace d’appeler la police. Richard Marcus décide d’arrêter la triche au sommet de son art.
Que fait alors Richard et son équipe ? Ils partent en voyage : ils décident de parcourir le monde et d’utiliser leurs techniques dans les plus beaux casinos du monde, bref, de profiter de la vie. De plus, cette période hors des États-Unis leur permet de revenir en étant protégés par la prescription des faits.
Et maintenant ?
À la fin de sa carrière de tricheur professionnel, Marcus se lance dans l’écriture de livres. Des titres tels que American Roulette: How I Turned the Odds Upside Down et My Wild Ride Ripping Off the World’s Casinos deviennent rapidement des best-sellers, et ses techniques de triche gagnent en notoriété.
En 2007, il devient consultant dans le domaine de la protection des jeux et prend la parole lors de la World Game Protection Conference. Pour de nombreux spectateurs, c’était la première fois qu’ils entendaient un vrai tricheur professionnel. Par la suite, Richard Marcus est embauché par plusieurs casinos en tant que consultant pour la protection des jeux. En 2022, il crée la Global Table Games and Game Protection Conference, un événement annuel incontournable.